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XIVème colloque international de la FIPF 2005 29 juin - 1er juillet, CIEP Sèvres, FRANCE
Thème : Didactiques et Convergences des langues et des cultures
le mercredi, 29 juin : Ouverture du colloque
Martine Defontaine, General Secretary of the FIPF, welcomed 370 participants to the Colloque and introduced the director of the CIEP, Albert Prévos, who reminded us how the CIEP could help us: stages, DELF/DALF etc...
A representative from the Ministère des Affaires Etrangères (MAE) told the Colloque that MAE recognises that we are "les acteurs sur le terrain" for the promotion of French (pour le rayonnement et le développement de la connaissance et de la culture française). Consequently, the MAE supports the associations of teachers of French.
Patrick Klein, from the Agence Intergouvernementale de la Francophonie, spoke about the role that the agency plays in language acquisition and in improving learning conditions. He talked about the central importance that language plays in cultural identity and touched on the crisis that French is actually experiencing.
The UNESCO representative, Mauro Rosi reminded us that there were 6,000 languages spoken on the planet and that his organization defended all languages. Globalisation made languages more visible but also made them more precarious. UNESCO's educational policy was towards " le plurilinguisme, l'alphabétisation et de soutenir le patrimoine linguistique ". To this end they have set the 21st February as "la journée internationale de la langue maternelle".
Senator, Jacques Legendre, from the Assemblée Parlementaire Francophone took up the words of the speakers before him but, added that the support given to teachers of French should be increased. It was interesting to hear the senator say that "une culture n'est pas une marchandise" and that "les parlementaires sont attentifs à (nos) témoignages". He expressed his concern that the position of French in the European Union should not be diminished.
Dario Pagel, the President of FIPF, told us that it was up to the associations to express their pedagogical needs!
Conférence: Jean-Louis CHISS (professeur d'Université, France)
Didactiques et Convergences des langues et des cultures
- Le français par rapport aux autres langues dans l'enseignement
- la pluralité interne des langues et les variations du français
C'est la fonctionnalité des usages du français dans les contextes sociaux et scolaires qui importe aux didacticiens, nous dit le professeur Chiss. On doit distinguer son rôle de langue de communication, de langue d'apprentissage, de langue d'enseignement.
La crise du français est un thème récurrent depuis le XXème siècle (on pourrait remonter au XVIème siècle). Les cibles varient, p.ex. l'anglophobie, l'invasion de l'anglais, argots professionnels (la langue des médias), langues de jeunes - cités/banlieues. Maintenant, ceux qui disent qu'il existe une crise de la langue et de l'enseignement de la langue nous offre un diagnostique alarmiste. Selon le professeur Chiss, nous devons mesurer l'inquiétude. Certes, il y a une crise dans l'enseignement de la langue maternelle. Mais, on peut bien faire vivre le français dans la diversité des langues. Il faut changer les arguments, c à d., il faut promouvoir le français.
- la littérature et la relation entre langues et cultures
La littérature fait partie de l'usage des langues. La littérature transforme les langues ! En ce qui concerne, le FLE, l'approche dite communicative n'a pas su donner un renouveau à la littérature. La didactique de la littérature dans le cadre du FLE n'a pas encore de résultats, malgré certains travaux orientés vers les littératures francophones… L'étude des textes littéraires peut se renouveler dans le cadre du plurilinguisme, de la pensée, de la diversité des langues et des cultures… : " la créolisation du monde ".
- la mondialisation de l'information/communication et la spécificité linguistique culturelle ???
Si on prend la mondialisation de l'information comme modèle...
Quel français enseigner ?
En didactique, il faudrait prendre compte de l'optique culturelle et de la diversité des contextes. Quel que soit le contexte, nous devrions prendre connaissance des pratiques langagières présentes.
En FLE, quand on enseigne la culture, on doit prendre en compte la littérature, les réalités sociales, les comportements langagiers, et les visions du monde.
Métissage/créolisation des cultures.
Refus de principe : séparer langue/culture.
le jeudi, 30 juin : Diversité culturelle
Cultures et contacts à travers les littératures de langue française
- "Didactique de la littérature et diversité culturelle" L.Colles (Belgique)
Après un survol historique...
Jusqu'aux années 60, c'était le " bon usage " qui primait .
Des années 60-70 : ouverture du champ littéraire. La désacralisation de l'objet littéraire mènera à des manuels thématiques ou génériques. Et le texte littéraire va disparaître vers le document authentique.
Entre 1970-90, c'est l'ère de soupçon vers ce qui est littéraire.
1990-2000 : p.ex. en Suisse romande, on constate le retour du littéraire en tant que nouvelle donnée scolaire de compétences référentielles. Un des nouveaux enjeux est l'enjeu pratique de transmettre aux jeunes des repères identitaires collectifs à travers un patrimoine littéraire commun.
En FLE : intérêt pour les patrimoines littéraires de France et des pays francophones. Selon L.Colles, le texte littéraire apporte beaucoup plus que les petits dialogues (factifs), p.ex. des analyses internes sont possibles. Le texte littéraire est un supplément culturel (ouverture à la différence d'une culture étrangère). Le texte littéraire est l'expression et la mise en forme esthétique de représentations partagées par les membres d'une même communauté. Le texte littéraire est " un regard " qui nous éclaire sur un modèle culturel. La multiplicité des regards permet de cerner les valeurs autour desquelles ce modèle s'ordonne. Si on prend la société patriarcale p.ex. les espaces privés français/grec : La Gloire de mon père/ Alexis Zorbas.
L.Colles reprend les mots de Galisson (culture compartementale et la culture savante) en nous encourageant de réconcilier l'enseignement de la langue avec celui de la culture littéraire ; p.ex. la connotation du mot " vache " en Inde et en France ; et de Barthes, qui explique que la culture est comme un langage, composé de signes.
Depuis une dizaine d'années : pédagogique interculturelle : arguments en faveur de l'enseignement de la langue et de la culture d'origine. Ceci mena à une folklorisation de l'enseignement de la langue en Belgique. On séparait les grecs, les italiens, les marocains dans des cours de langue maternelle. Chacun travaillait de son côté.
L'ouverture aux littératures francophones pour l'élève issu de la population migrante:
- élargit son patrimoine linguistique et va à la rencontre de l'autre pour mieux se découvrir soi-même.
- reconnaît d'autres écritures. d'autres référents culturels/réalités historiques méconnues et à des imaginaires autres.
L'identité culturelle d'un groupe ne se limite pas au repérage de quelques traits apparents mais, s'inscrit dans la structure même des textes. " Je ne suis pas à cours d'inspiration mais, à cours de papier. " Francis Dannemark. Découvrir le " code culturel "
Conclusion:
- multiplier les regards (apporter de très nombreux textes)
- critère générique - poèmes
- critère culturel - croiser les regards et brasser des textes issus de diverses aires culturelles..
- apporter un complément d'information, recherches et contacts.
- travailler sur un texte en français simplifié en 1er temps pour accéder à la littérature.
- "Former les enseignants à l'interculturel : Quels dispositifs ? Quels Outils ?" M. Ferreira Pinto, CIEP (Sèvres)
Manuela, responsable du Pôle langue française au CIEP, nous rappelle que le conditionnement culturel est transmis par la famille et par l'éducation. La connaissance de la culture de l'autre est en mouvement, alors que la culture est en mouvement. " Une culture nationale n'existe pas, elle existe statistiquement. " Pierre Bourdieu : définition de la culture - capacité de faire des distinctions (se classer/classer les autres) " Nous sommes des classeurs, classés par des classements. "
Manuels de FLE : rubrique culturelle/interculturelle (descriptifs représentant une culture nationale - ça n'existe pas). Absence d'une analyse sociologique dans les manuels FLE.
En nous donnant des anecdotes des expériences dans le monde des affaires, M. Ferreira Pinto nous a fait vite comprendre qu'il ne suffit pas d'avoir beaucoup de connaissances pour échapper aux malentendus p.ex. Carrefour se posait la question pourquoi quand ils envoyaient des cadres en Corée, ils restaient plus longtemps que ceux qui étaient en Espagne ou en Italie. (Désir d'appartenance, nécessité de s'adapter à un pays très différent de la France. La société Danone modifie, s'adapte à l'univers du marché qu'elle va pénétrer. Par contre, quand Cable & Wireless s'est s'installé en France, ses employés français pensaient que leur patron les espionnait avec l'idée anglo-saxonne de " open space " pour les bureaux. Les français n'étaient pas habitués à cette idée de leur espace de travail. Les êtres humains au cours de leur vie intègrent des centaines d'indices spatiaux. Ils s'imbibent de la signification de ces indices, dans le contexte de leur propre culture. Comme la plupart des gens ne pensent pas que la distance personnelle est un modèle culturel, les indices spatiaux étrangers sont presque inévitablement mal interprété.
La conclusion de M. Ferreira Pinto: la compétence interculturelle est uniquement et simplement la possibilité de dialoguer avec l'autre, d'être un être plus complet et donc plus libre. Chaque individu est porteur d'une culture unique. Elle nous encourage à prendre conscience de ce qu'est la culture, à travailler sur les clichés et les stéréotypes avec nos élèves, à analyser des situations culturellement marquées ou encore à établir des liens entre la culture des apprenants et la culture étrangère.
L'enseignement de la littérature en français
- "Plaisir de lire, plaisir d'écrire", M.Boiron, Cavilam (Vichy)
Comment éveiller le plaisir de lire chez les élèves ?
Michel Boiron nous demande de penser à l'adolescent(e) : à quoi pense-t-il/elle ? " A moi ", un peu à sa famille...
Il nous faut donc partir du 0o degré de motivation et aller vers une stratégie pour les intéresser. Si le prof dit " lisez ", pour l'élève, ceci n'est pas une motivation à lire ! Alors que le petit exercice mène l'élève à écrire, p.ex. " A l'instant d'achever ce livre mes pensées vont.. " On demande aux apprenants de terminer la phrase.
http://www.leplaisirdapprendre.com/litterature/lire/index.php
Ce lien vous donnera exactement ce que M. Boiron nous a présenté à Sèvres.
La Fontaine fait partie de la littérature classique tout le monde le sait et Boiron nous rappelle que ses fables font partie du patrimoine collectif. Elles ont été traduites en latin, russe, grec, anglais… Le lien que Boiron nous demande de faire avec nos classes est de demander aux élèves d'écrire une petite annonce : Une cigale qui cherche une fourmi généreuse voudrait partager l'hiver… On part du connu vers l'inconnu.
Voir le site ci-dessus pour le dossier sur les fables de La Fontaine.
En résumé : donner l'envie de lire en FLE (et en langue maternelle) passe par une pédagogie active centrée sur :
- la création d'un vécu commun qui crée des liens entre le lecteur et le texte ;
- l'écriture créative qui permet de découvrir des textes littéraires en les pratiquant ;
- le résolution d'énigmes successives qui donnent des clés de compréhension et un appétit de lecture.
Avant de terminer son intervention Michel Boiron avait une petite surprise pour les participants : un livre-disque sur la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Un cadeau… Tout à coup, c'était comme si nous étions à un concert de rock, tellement les profs se précipitaient pour avoir un exemplaire de Monsieur Boiron qui s'amusait à les donner par ci, par là ! C'est un excellent livret (surtout pour les profs d'Extension) et vous pouvez le commandez auprès du CAVILAM pour 3 Euros ou allez sur le site (voir plus haut) et vous l'aurez en format PDF. Ce livret pédagogique est rédigé par le CAVILAM en collaboration avec RFI et le Ministère des Affaires Etrangères. J'ai remis une copie à la Présidente de la NAFT, Jacqueline Meunier, qui la mettra à la disposition des membres.
- " Un projet de site Web sur les films et documentaires francophones en vue de leur utilisation en salle de classe " M. Lambert Drache (Université de York, Canada) et L. Hyrat (Canada)
Les films sont choisis à partir de leur intérêt pédagogique et culturelle.
L'audience : étudiants collégiens/universitaires.
www.ats.yorku.ca/meron/map
loretta.hyrat@mcgill.ca
Les films sont classés par ordre alphabétique et zone géographique. Sur leur
liste figurent des films comme Marius et Jeannette (1997) (au syllabus de la terminale au NSW), et La grande Séduction (2003). Il y a une fiche avec le descriptif du film ainsi que des activités de remue-méninges, des ex. de compréhension ; imaginez une autre fin au film (comique/tragique/absurde...) Eventuellement, il y aura des questions sur les détails du film et une partie interactive sur le site (ex. vrai/faux ; choix multiple).
- TV5 - une mine de ressources pour s'informer et se former.
Dominique Martineau a parlé de TV5. On sait déjà que cette chaîne de télé (par satellite en Australie) est fantastique et on est, aussi, au courant de leur site web. Ce que j'ai (re)découvert, c'est qu'il y a toujours, toujours des choses fantastiques pour nous, enseignants, sur www.tv5.org ainsi que des activités en ligne pour les apprenants.
Par exemple, Cités du monde, 24heures dans une ville quelque part, mène à une réflexion culturelle. TV5 s'est associée avec des pays différents pour créer des petits exercices.
Conclusion : allez sur le site, branchez vos élèves sur des activités proposées par l'équipe de TV5. Ce n'est pas grave si vous n'avez pas la télé - p.ex. le journal télévisé est archivé pendant 3 mois sur le site web. Les suggestions pour enseigner/exploiter le télévisuel peut être adapté à d'autres ressources que vous avez déjà dans votre école. Finalement, D.Martineau nous a encouragés d'aller sur la section " enseignants " du site et là, vous découvrirez toute une gamme d'activités, un dictionnaire (alexandria) et encore plus.
- "RFI - le monde en français"
" Comprendre l'actualité en français avec le journal en français facile de Radio France Internationale " Jean-François Cadet; Mathilde Landier, Yvan Amar (présentateur de l'émission) .
- A la radio, on a peu de temps pour éveiller la curiosité des auditeurs… Pour mieux comprendre l'actualité internationale, " le journal en français facile " de RFI explique le jargon journalistique et rend l'actualité accessible à tous. Si vous avez accès à Internet, vous pouvez facilement écouter cette émission qui dure 10 à 20 minutes.
- L'émission " langue vivante " nous présente des spécialistes et personnalités du monde des arts, de la littérature ou de la vie publique qui parlent SUR la langue française.
www.rfi.fr rubrique " langue française " - des outils et des ressources multimédia pour apprendre et enseigner.
Au-delà de sa vocation d'informer et de divertir, RFI offre à des jeunes musiciens, danseurs, écrivains, journalistes, créateurs de site internet et des enseignants les prix RFI chaque année.
Conférence : Dr R. Mathieu Ouedraogo (Ministre de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation (Burkina Faso)
J'ai assisté à cette conférence fort intéressante mais, je n'ai pas pris de notes. Je me disais si seulement nos ministres de l'éducation pouvaient parler comme lui. J'avais l'impression que le Dr Mathieu était réellement intéressé par l'enseignement, les enfants et les profs.
Le vendredi, 1er juillet : Variétés du français, contacts de langues et politiques linguistiques
Variétés du français
- "Une langue et une culture québécoises?"
- Forum des associations : " Quelles motivations pour apprendre le français dans votre pays ? "
Pédagogies convergentes, contacts de langues et statuts du français
- "De la coexistence des langues et des cultures à l'interculturel" I.Asgarally (Ile Maurice)
Cette intervention a eu lieu dans une des petites salles du CIEP avec, à peine, une trentaine de participants. Mais, quel plaisir, à la fin, d'avoir assisté à une des meilleures présentations du colloque.
Issa Asgarally commence son intervention en nous parlant de la guerre des langues. Selon lui, le plurilinguisme semble engendrer la guerre des langues parce que l'homme accepte mal la différence. Ce qui montre que la " notion de pureté de la langue est aussi dangereuse que celle de la pureté de la race. " Il nous rappelle que pour les linguistes, une langue est une langue.
A l'île Maurice, le créole est une langue, alors qu'auparavant, il y avait des préjugés (considéré comme un patois). L'idéologie coloniale a opposé les langues européennes à celles du tiers monde. On a opposé les langues européennes entre elles, p.ex. l'allemand et le français.
Asgarally nous parle ensuite de Samuel Huntington et de son livre, The class of Civilisation, et il nous dit que c'est un livre dangereux (comme Mein Kampf). Huntington avance la proposition que les cultures et les civilisations sont des blocs monolithiques, imperméables, hiérarchisés avec la civilisation occidentale au sommet. C'est une version binaire du monde : orient/occident ; ancient/nouveau monde ; jihad/guerre sainte ; Jésus/Mohammed ; l'Amérique et le reste du monde.
" Le multiculturalisme, en ce début de siècle, est une simple juxtaposition ou mosaïque de cultures et de modes de vie qui court le risque de mettre des gens dans des boîtes et d'ethniciser notre vision de la société. " Dans les pays où il est institutionnalisé (la Grande-Bretagne, le Liban), le multiculturalisme, est remis en cause. La diversité culturelle en GB est un euphémisme pour désigner la hiérarchie des races, ajoute Asagarally.
À l´heure d'une mondialisation de l'économie s'appuyant sur une mondialisation médiatique, il devient urgent, nous dit I. Asgarally, d'examiner les nouveaux rapports entre la culture, l'information et la communication. L'interculturel, précise-t-il, n'est pas seulement une notion, c'est une pratique quotidienne. Une nouvelle façon d'agir et de voir afin que la culture n'alimente plus la violence et la guerre, mais le vivre-ensemble. La préface du nouveau livre d'Issa Asgarally est signée J.M.G Le Clézio.
Asgarally insiste sur la nécessité d'aller au-delà du multiculturalisme, de le transcender pour éviter d'avoir un point de vue " ethniciste ". " Il ne faut pas que la culture alimente la violence, mais qu'elle nous aide à vivre ensemble ", déclare-t-il. Ce qui signifie aussi que la diversité culturelle doit avoir pour fondement une diversité linguistique, c'est-à-dire le plurilinguisme. Telle est la politique culturelle que doivent prôner tous les pays, explique-t-il.
L'interculturel est une nouvelle manière de concevoir l'identité et de transcender le multiculturalisme. Là, on peut promouvoir le véritable échange entre les cultures, construire des passerelles entre les littératures du monde …C'est en ce sens que l'interculturel transcende la cohabitation culturelle.
Cette intervention était si intéressante que nous sommes restés à discuter avec le professeur pendant 15 minutes après. Je pense que ce qu'il a dit mérite une certaine réflexion, surtout parce qu'une semaine après cette intervention, il y a eu l'attentat à Londres au début du mois de juillet !
- "L'éveil aux langues et enseignement des langues (maternelles, secondes, étrangères)" M.Candelier (Université du Maine, France)
Je remercie Michel Candelier de m'avoir envoyé une copie de son intervention par courriel (voir ci-dessus).
L'approche connue sous le nom d'éveil aux langues se caractérise par une démarche au cours de laquelle la diversité linguistique (et donc, un nombre élevé de langues de tous statuts qui la concrétisent) est traitée en tant qu'objet d'activités pédagogiques destinées à la fois à accroître les connaissances des élèves sur le " monde des langues ", à développer chez chacun d'entre eux des attitudes d'intérêt positif et d'ouverture vis-à-vis ce qui lui est non familier et à favoriser l'acquisition d'aptitudes à l'observation et l'analyse des langues. Les attitudes visées peuvent conduire à des choix de langues plus diversifiés. Les aptitudes renforcent les capacités d'apprentissage des langues, y compris de la langue de l'école. Actuellement, l'éveil aux langues concerne essentiellement l'école primaire (maternelle et élémentaire), mais des expériences sont également en cours en collège.
Cette approche ne doit pas être confondue avec l'enseignement d'une langue particulière, (le plus souvent l'anglais). Elle ne doit pas non plus être prise pour une " initiation " aux contours plus ou moins flous : les connaissances, attitudes et aptitudes visées par des activités au cours desquelles les élèves travaillent sur plusieurs dizaines de langues se décomposent en objectifs précisément définis, en correspondance avec leurs besoins et leurs capacités.
Sous cette appellation, l'éveil aux langues a donné lieu en Europe, depuis 1997, à deux programmes de recherche et d'innovation d'envergure (Evlang et Janua Linguarum), soutenus par l'Union européenne et le Conseil de l'Europe, qui ont impliqué jusqu'à seize pays. Il y a démontré non seulement une efficacité certaine dans la poursuite des objectifs qui lui étaient assignés, mais également une grande faculté d'adaptation à des situations sociolinguistiques et scolaires variées, par les possibilités qu'il offre de prise en compte des langues des élèves et de l'environnement social.
L'approche éveil aux langues est officiellement reconnue dans une partie de la Suisse (voir les matériaux didactiques en bibliographie : Perregaux et al.) et a suscité l'intérêt du Ministre de l'enfance de la Communauté française de Belgique qui a présenté l'éveil aux langues comme constitutif de la politique éducative qu'il entend promouvoir et a commandité une étude de faisabilité. Elle intéresse aussi les experts en éducation de pays fortement multilingues (un rapport a été remis à l'UNESCO, à la demande de cette institution).
En France, les nouveaux programmes du primaire de 2002 ont retenu parmi leurs objectifs la connaissance de l'environnement linguistique dans lequel vivent les élèves d'aujourd'hui : " Les élèves découvrent que l'on parle différentes langues dans leur environnement comme sur le territoire national. Ils sont amenés à développer à leur égard une attitude de curiosité positive. ". Et ce, dès l'école maternelle, sans oublier bien sûr " les langues maternelles de certains élèves ". Les programmes soulignent également que " l'observation comparée de quelques phénomènes simples dans des langues différentes (dont la langue française) crée chez les élèves une distance qui leur permet d'être plus sensibles aux réalités grammaticales et renforce la maîtrise du langage ". Malheureusement, ces aspects des programmes sont le plus souvent délaissés, y compris à divers niveaux de la hiérarchie éducative. C'est dans le cadre du projet européen Janua-Linguarum que le réseau français La Porte des langues permet aux enseignants qui le désirent d'effectuer des activités qui correspondent à ces orientations (en France métropolitaine, à l'île de la Réunion, en Guyane).
Le lien est clair avec l'éducation à la citoyenneté. Mais il convient que cette découverte de l'autre ne se transforme pas en un catalogue déployé aux yeux des enfants, sans autre visée pédagogique que la connaissance de ce qui existe. Grâce aux activités de construction active des savoirs et savoir-faire préconisées par l'éveil aux langues, les langues parlées sur le territoire national deviennent l'occasion de contribuer à l'essor des capacités d'apprentissage linguistique. Elles deviennent également le tremplin d'un véritable développement d'attitudes positives à l'égard de la diversité, quelle qu'elle soit, tant il est vrai qu'une simple présentation de la diversité peut mener tout autant au rejet qu'à l'acceptation, alors que l'implication dans une activité motivante et gratifiante amène bien plus sûrement à l'intérêt, puis à l'ouverture. Ouverture pour toutes les langues et toutes les cultures : langues et cultures du pays, langues et cultures du monde.
- Synthèse finale:
- 370 participants au colloque
- une 50aine d'interventions de 30 pays différents (Afrique, Maghreb, Moyen Orient, Europe de l'Est, Allemagne, Espagne, Japon, Amérique Latine, Canada, pays scandinaves, Italie...)
- nécessité de donner la parole aux professeurs de français
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